Activité au point mort pendant le confinement, foires annulées cet été, la crise sanitaire touche de plein fouet le monde des forains, brutalement privés d’une partie de leurs ressources.

Recroquevillés sur leurs remorques, lumières éteintes, on ne reconnaît plus les gros manèges. Ceux qui pendant une semaine ont fait hurler les amateurs de sensations fortes sur le champ de foire, à Douai. C’est là que l’on croise Dominique Lerendu, occupé à démonter l’une des attractions phares.

Une machine pour laquelle le forain s’est endetté, « mais ça valait le coup », sourit le professionnel. Si son Air One Maxx est plébiscitée, cette année, elle n’a pas franchement fait le plein. « On a eu moins de monde et les pertes sont estimées entre 50 et 60 % », évalue-t-il.

Choisi par ses collègues pour défendre la profession, le vice-président du Syndicat national des industriels forains (SNIF) est aux premières loges pour mesurer l’impact de la crise sanitaire sur les fêtes foraines. « On a tous été pris au dépourvu au sortir de l’hivernage », assure-t-il.

Protocole

Privés d’un début de saison radieux côté ciel, les forains ont rongé leur frein en tentant de limiter la casse : « On a pu bénéficier des 1 500 € de l’État, de prêts garantis et du report des taxes. Certains en ont profité pour rénover leurs manèges. »

Parallèlement, le représentant des forains a multiplié les contacts avec les maires, et les représentants de l’État pour limiter les annulations postconfinement. « Un protocole a été proposé et adopté, avec le port du masque dans les attractions, la désinfection des sièges toutes les deux heures et le gel hydroalcoolique à disposition. »

Annulations

Malgré tout, les forains font face à des annulations en cascade, souvent à la dernière minute et surtout dans les petites communes. « On a du mal à comprendre car dans les grandes villes comme Douai ou Cambrai, c’est maintenu et pas dans les villages où il y a moins de risques, car moins de monde », commente Dominique Lerendu.

Dans l’Arrageois, peu nombreuses sont les communes qui ont choisi de faire venir des manèges. Rumaucourt, Bailleul-Sir-Berthoult, Pas-en-Artois, Camblain-l’Abbé ou encore Avesnes-le-Comte, où les ducasses ont été maintenues, font ainsi figure d’exception. Mais à Arras, les fêtes de quartier ont été annulées et des négociations sont toujours en cours pour la foire de septembre (lire par ailleurs).

« Il y a un risque de dépôts de bilan en fin d’année, craint Dominique Lerendu. Les banques sont plus frileuses donc on fait moins d’investissements… C’est une crise qu’on n’a jamais connue. »

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Ça grogne dans les rangs des soixante-dix forains qui sont attendus à la fin du mois d’août à Arras pour la fête foraine. « Le maire veut bien qu’on vienne mais sur l’esplanade du Val de Scarpe », explique Dominique Lerendu.

Attachés au centre-ville, et au site de la Grand-place où ils espèrent monter leurs manèges, les forains ne comprennent pas pourquoi on veut les délocaliser à l’entrée d’Arras. « Les commerçants sédentaires ont des difficultés alors le maire leur a permis d’agrandir gratuitement leurs terrasses. Ça fait moins de place… Mais on ne peut pas défavoriser le commerce itinérant au profit du commerce sédentaire. »

Vu le contexte, le représentant des forains ne veut rien lâcher. « On négocie, c’est chaud, mais ça reste en discussion, ce que confirme le service communication de la ville. Mais pour l’instant, il n’est pas question d’aller au Val de Scarpe. Tout le monde est à fleur de peau : quand on travaille pour survivre, les gens sont moins diplomates. »

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{tab title= »Dépendants de la décision des maires » class= »blue color_content solid » align= »justify »}

Sa pêche aux canards est au pain sec. Propriétaire de deux attractions pour enfants, dont un manège, David Amo subit comme ses homologues les effets de la peur du Covid. Lui qui habituellement écume, quasiment tous les week-ends en saison, les ducasses et autres fêtes de village, en est réduit à ferrailler avec les élus pour gagner le droit de distraire les minots.

« À Bailleul Sir-Berthoult, le maire a annulé les festivités mais nous a autorisés à nous installer. Mais c ertains maires refusent absolument que l’on vienne. Comme à Saulty, où la fête devait avoir lieu dans quinze jours. »

L’élu confirme. « C’est un non ferme et catégorique. Je ne veux pas prendre de risque. Je fais confiance au comité des fêtes qui a également décidé d’annuler la brocante, le rassemblement de motos, l’apéro et le feu d’artifice », assume Roland Descamps, qui dit comprendre les forains. « Je me mets à leur place, ils ont des charges à payer. Mais je n’ai pas envie qu’on me dise début septembre qu’on a vingt cas de Covid à cause de la ducasse de Saulty. »

Les rares communes dans lesquelles David Amo pourra monter son manège ne suffiront pas à compenser ses pertes, qu’il estime lourdes. « Depuis quelques années, on avait anticipé en nous diversifiant. Hors saison, je suis récupérateur de métaux. » Une activité qui lui permet pour l’instant de tenir, mais qui n’efface pas les inquiétudes pour l’avenir. « On était aussi sur le marché de Noël d’Arras. On espère qu’il ne sera pas annulé… »

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Source : VDN

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