Construit il y a 33 ans aux Pennes-Mirabeau, le parc aquatique (anciennement Aquacity) a plié bagage dans la plus grande discrétion.

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Terre séchée.
Lumières éteintes, c’est fini.
Les restes de tuyaux fluo nous renvoient à nos quinze ans, là-haut, tout là-haut sur le toboggan le plus haut d’Europe.
Nous sommes l’enfant sur la photo qui prend une longue respiration avant de se laisser glisser, nous sommes sa mère qui l’attend sur l’herbe en préparant le pique-nique.
Nous sommes tous ceux qui sont passés là, ces trente-trois dernières années, l’âge du Christ : ça ne s’invente pas. Crucifié, le passé.
Comme si un vent mauvais avait tout avalé et recraché au hasard des butes, pour inventer un décor d’enfer, les carcasses des manèges d’antan.

Speedwater park

Aquacity, Speedwater pour les plus jeunes, n’existe plus. Il a assumé sa dernière saison l’été dernier, les structures ont été démontées et pour beaucoup, vendues en Corse, dans deux semaines, il ne restera plus rien.
Sur la route du petit péage, aux Pennes-Mirabeau, derrière la zone commerciale Plan-de-Campagne, les neuf hectares attendent alors qu’on leur écrive un avenir et la seule chose dont on peut être sûr, c’est qu’une halte ferroviaire sera construite ici.
En fait, « c’est tout un nouveau quartier qui prendra forme avec un pôle multimodal, des logements…, indique Michel Amiel, conseiller municipal des Pennes-Mirabeau et ancien maire de la commune.
Nous sommes sur un terrain à fort enjeu. » Un terrain à fort enjeu qui appartient à deux familles de la commune que différentes sociétés (depuis vingt ans, la société de loisirs aquatiques) ont exploité sur un bail de quarante ans.
Sur un accord à l’amiable avec le gérant du parc, les propriétaires y ont mis fin, sept ans avant l’échéance.

La sortie de l’été des jeunes

Alors, voilà.
Il y a ceux que la nouvelle indiffère et il y a ceux qu’elle stupéfait et inquiète.
Certes. Speedwater, ce n’était pas un simple parc d’attractions, il assumait par la force des choses, un rôle social :
« Speedwater, historiquement, c’était la sortie de l’été pour nos jeunes, assure Daniel Linon, directeur du centre social Flamants-Iris (14e).
Et c’était le cas pour toutes les structures sociales du nord de Marseille.
On s’y retrouvait tous chaque année.
Aux Flamants-Iris, on programmait cette sortie plutôt à la fin de l’été et, ce jour-là, il y avait beaucoup plus de personnes inscrites que sur le reste des vacances, environ 70.
On louait donc un car et, souvent, deux minibus supplémentaires étaient nécessaires.
C’était donc une sortie coûteuse, lourde à organiser, mais absolument indispensable.
Parce que les familles qui profitaient de cette sortie n’avaient pas les moyens de se l’offrir par ailleurs.
Aujourd’hui, il faudra songer à Aqualand, à Antibes, mais ce sera plus coûteux encore.
C’est sûr, c’est une triste nouvelle qui s’ajoute encore aux nombreuses difficultés que rencontrent les centres sociaux. »

Comme les autres responsables des structures sociales, Daniel Linon n’avait pas connaissance de cette fermeture.
Elle s’est faite, il est vrai, dans la plus grande discrétion.

{tab Interview}

« Dans quinze jours, tout devra être démonté » (Olivier Temprado, gérant de la société des loisirs aquatiques)

Qu’est-ce qui a concrètement motivé la fermeture de Speedwater ?
Olivier Temprado : 
Le parc aquatique faisait dès le départ, en 1985, l’objet d’un bail à construction de quarante ans, jusqu’en 2024, sur un terrain qui appartient à deux familles.
Ces familles ont souhaité récupérer leur terrain parce qu’elles y ont d’autres ambitions.
Nous nous sommes entendus sur une indemnisation et le bail a été rompu.
Aller au terme du bail nécessitait que nous fassions des investissements d’entretien.
Et ces investissements n’auraient pas été amortis ces six prochaines années, j’ai donc été d’accord pour rompre le bail.

La structure rencontrait-elle des difficultés financières ?
Olivier Temprado : 
On était plutôt en difficulté ces dernières années et l’arrivée d’un nouveau concurrent à Monteux n’a rien arrangé.
Il a récupéré une partie de notre clientèle, celle qui venait du Vaucluse notamment et aussi dans les Bouches-du-Rhône, une clientèle qui a voulu aller découvrir la nouveauté, ce qui est normal.

La polémique autour du « burkini » a-t-elle alimenté ces difficultés financières ?
Olivier Temprado : 
Non, commercialement, cela ne nous a pas fait de mal.
D’ailleurs, les gens qui nous ont reproché d’avoir privatisé le parc, et je précise que c’était après sa fermeture d’été, n’étaient pas les gens qui fréquentaient le lieu par ailleurs.

Il y a six ans, vous avez fait le choix de changer le nom d’Aquacity en Speedwater park. Pour quelle raison ?
Olivier Temprado : 
Le parc souffrait d’une image négative.
On a été obligés d’agir pour attirer une clientèle qui ne soit plus uniquement une clientèle d’adolescents, mais de familles.
Selon nous, cela pouvait passer par le nom, et cela a marché.

Que deviennent les manèges et où en êtes-vous de leur démontage ?
Olivier Temprado : 
Une bonne partie des manèges a été vendue en Corse mais tout est un peu démantelé de tous les côtés…
Nous devrons avoir terminé de tout démonter dans quinze jours.

Ce parc c’est vingt ans de votre vie, ressentez-vous une nostalgie ?
Olivier Temprado : 
Bien sûr, et même un peu de tristesse, ce parc fait partie des murs, on a donné des moments de plaisirs à de très nombreuses personnes.
Ce n’est jamais agréable, mais il faut savoir rebondir !

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Un peu d’histoire

Samedi 22 juin 1985 : Imaginé par l’Américain Armand Lehmann, l’un des parcs aquatiques les plus modernes d’Europe, ouvre ses portes avec l’ambition d’attirer 300 000 visiteurs par été.
33 millions de francs y sont investis.
Finalement le parc devra se satisfaire de 115 000 visiteurs par saison.

Septembre 1996 : La structure qui gère le parc dépose le bilan, notamment à cause d’une TVA à 20,5 %, trop lourde à porter. Aquacity rouvre en juin 1998.

Juin 2012 : Aquacity devient Speedwater Park.

Le 10 septembre 2016 : Une association marseillaise entend privatiser le parc pour des femmes musulmanes « portant des vêtements couvrant leur corps ».
Devant la polémique que suscite l’événement, la journée n’a finalement pas lieu.

Source : Laprovence.com

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